Projection de novembre

Le mardi 25 novembre, nous aurons le plaisir de présenter le film d’Alexis Marant, « Planète à vendre », qui a été diffusé sur Arte et produit par Capa.
Ce film a fait l’objet de nombreuses distinctions dont le prix spécial du Figra et les étoiles de la Scam.
Il s’agit d’un remarquable travail d’enquête réalisé par un « filmeur », spécialiste du genre.
Ce sera donc l’occasion pour nous tous d’échanger avec Alexis sur les difficultés à réaliser ce type de documentaire.
Attention, contrairement aux prévisions, nous avons été obligés de décaler la date de la projection au mardi 25 novembre car le 27, initialement prévu, est le jour de la fête de France 5, et beaucoup de personnes n’auraient donc pas pu venir.
Vous êtes donc tous les bienvenus à partir de 19 heures pour une projection qui se tiendra à 20 heures.
Ce sera aussi l’occasion de faire le point sur le Filament et bien sûr, d’échanger autour d’un verre… Moment désormais rituel et comme toujours agréable.

Dérapages… Bientôt la norme ?

Il y a quelques jours, la police interpelle deux jeunes déguisés en clowns qui s’amusent à faire peur à des passants dans un parc de Douai. Mais rapidement, ils avouent ne pas en avoir eu l’idée. En fait, c’est un journaliste de l’agence « Keep in news » qui a fourni les habits de clowns et qui a invité les enfants à faire peur aux passants moyennant… une boisson gratuite. Un bon moyen pour réussir à filmer la séquence choc tant attendue par 66 minutes (M6), client potentiel du reportage.

Évidemment, c’est plutôt fâcheux comme situation. Et bien sûr, inexcusable. Mais, nous autres filmeurs, ne sommes nous pas de plus en plus souvent confrontés à ce genre de situation ? La concurrence très dure que se livrent les agences les poussent à rechercher des séquences de plus en plus spectaculaires. Elles ne font en cela, que répondre aux demandes des chaines qui veulent toujours plus de « situations sensationnelles ». Partagez-vous pas ce sentiment au quotidien dans votre travail ?

Ne pensez-vous par que les entorses au code de déontologie des journalistes sont manifestes dans beaucoup de magazines d’information ? Le recours quasi-systématique aux caméras cachées (pourtant strictement réglementé), la non-information des personnes interviewées sur le véritable thème de l’émission, les sons captés à l’aide d’un micro HF… Autant de comportements parfaitement répréhensibles au vu du code de « déontologie »… Mais, avons-nous la possibilité d’y résister ? Et aussi, peut-être est-ce légitime aujourd’hui de les utiliser pour contre-balancer le pouvoir de plus en plus fort des services de com ?

Si vous avez des idées sur ces questions, n’hésitez pas à réagir à cet article et à faire partager vos expériences ! Je suis sûr qu’elles nous serons utiles à tous.

Ludovic Fossard.

Bataille de Scam

Vous trouverez ci-dessous, l’appel de notre ancien filmeur, Christophe Busché, qui cherche à monter un collectif pour se mobiliser contre une décision de la Scam.
Son initiative a le mérite de mettre les pieds dans le plat et de nous faire réfléchir à la répartition des droits Scam.

Pour avoir participé à quelques réunions et quelques échanges avec des membres de la Scam, je vous présente avant la position de celle-ci pour que vous ayez des éléments de contexte pour vous faire un avis personnel sur cette question épineuse.

La Scam rémunère les droits de diffusion ( et non d’auteur ) des auteurs-réalisateurs de documentaires, de magazines ou de reportages. Ceux-ci peuvent être très importants quand on travaille pour TF1, beaucoup moins quand le film passe sur Arte. Les droits versés sont en effet fonction de l’audience.

Cette répartition est discrétionnaire : les auteurs s’arrangent entre eux. Du coup, dans de nombreuses productions, jusqu’alors, les auteurs faisaient ce qu’ils voulaient avec les droits. Les « techniciens » JRI, c’est à dire les JRI signant un contrat de JRI et non d’auteur-réalisateur, demandaient souvent à partager les droits Scam avec l’auteur du film au prétexte que son travail avait une dimension éditoriale. Cette position pouvait aussi être celle du monteur du film, voire parfois de l’ingé-son, voire même du fixeur et parfois aussi, incroyable mais vrai, du producteur.

De ce fait, les batailles concernant la répartition des droits devenaient de plus en plus compliquées et nombreuses. Du coup, pour tenter de mettre un peu d’ordre dans ces répartitions, la Scam a décidé il y a quelques mois de faire appliquer plus strictement les principes de base qui fondent son existence. Ceux-ci tiennent en un mot : les droits Scam sont versés à ceux qui signent un contrat « d’auteur » et non un contrat de « technicien ». Les « auteurs » pouvant être parfaitement des JRI, des monteurs, des ingé-son et, bien sûr, des journalistes-réal.

La nuance entre « technicien » et « auteur » est essentielle. En effet, un auteur est payé, jusqu’à maintenant, au forfait. Il doit assurer la bonne fin de son tournage et doit s’engager à défendre le film auprès des diffuseurs et des producteurs. En résumé, il porte la responsabilité éditoriale du film. Le « technicien » lui, c’est à dire celui signant un contrat de technicien, est payé à la journée, qu’importe le nombre de jours de tournage engagé.

S’il y a du retournage, il est payé en plus, le plus souvent sur la base de la convention collective, ce qui représente une moyenne de 250 euros à 300 euros/jour pour ceux dépendant de la convention collective de la production audiovisuelle. C’est moins pour ceux qui dépendent de la convention des journalistes ( 150 euros/jour ). Ce salaire, relativement correct, prend en compte leurs qualités professionnelles, dont évidemment, leur capacité à apporter une valeur ajoutée esthétique et éditoriale au film réalisé.

Pour la Scam, la valeur du « regard » n’est donc pas un argument pour justifier de se voir verser des droits. D’ailleurs, si avec un contrat de technicien, vous attaquez en justice l’auteur du film pour non-partage équitable des droits, vous n’avez aucune chance de gagner. Pour résumer, la Scam est destinée aux auteurs-réalisateurs des œuvres, et non aux « techniciens ». Mais, tout technicien peut devenir auteur ou co-auteur d’une œuvre, il suffit de se positionner sur ce poste et d’en assumer les conséquences financières ( le forfait ) et éditoriales ( la défense de l’œuvre auprès des prescripteurs ).

Après, ces règles peuvent peut-être changées mais elles sont aujourd’hui comme cela.

Cela relève évidemment de la conscience de chacun de prendre une position claire sur ce sujet extrêmement délicat. Je suis personnellement opposé à ce qu’il y ait un position tranchée sur ce thème de notre association, mais chaque filmeur, à titre individuel, peut rejoindre le collectif mis en place par Christophe pour défendre la vision « coutumière » de la répartition… Et, je suis très partisan à ce que le débat s’engage, y compris sur notre site.

Ludovic Fossard, président du Filament

 
VOICI L’APPEL DE CHRISTOPHE
Vous avez du entendre parler de la Scam qui veut exclure chefs ops/JRI et chefs monteurs des répartitions. Une décision difficile à comprendre et à accepter vu notre rôle en tournage. Un collectif que j’ai rejoint mène une action avec les monteurs et 2 avocates spécialisées en propriétés intellectuelles pour contrer cette décision, il faut faire vite et être nombreux. Du côté des monteurs ils sont une soixantaine, de notre côté une cinquantaine pour l’instant. Pouvez vous relayer cette infos aux JRI de la compagnie du filament? Pour ceux que ça peut interesser, il faut contacter la personne suivante:

 
Merci à vous,
Christophe Busché
Réalisateur/ Chef opérateur prise de vue
+33(0)6 62 27 99 78

Assurance chômage : les nouvelles règles

Vous en avez beaucoup entendu parler. Vous avez peut-être aussi participé aux manifestions des intermittents. Vous êtes peut-être aussi déjà très au courant mais comme beaucoup d’entre vous se posent encore la question, je vais vous expliquer de manière très concrète et très empirique, ce que va changer pour vous, le nouveau dispositif mis en place par l’assurance chômage en ce qui concerner les intermittents, et donc beaucoup de filmeurs.

Prenons un exemple un peu standard. Beaucoup de filmeurs travaillent 10 à 15 jours par mois ( du moins ceux qui ont une activité régulière dans les prods ). Imaginons qu’ils déclarent 12 jours à 254 euros ( tarif convention pour un OPV ), cela leur fait un brut de 3048 et un net de 2400 environ. Jusqu’alors, l’Assedic venait compenser les 15 jours restant à hauteur de 600 à 900 euros, en fonction du taux journalier, des heures faites l’année précédente etc… Les périodes de carence étaient limitées.

Désormais, tout change. Au moment du renouvellement, la période de carence sera de 45/50 jours avant que le filmeur ne puisse prétendre à une quelconque indemnité. Ce qui veut dire, que, sur la base de cet exemple, le filmeur ne touchera pas d’indemnité chômage pendant 3 mois minimum, lui faisant perdre sur l’année 2500 à 3000 euros.

De plus, s’il a un travail régulier, il pourra continuer facilement à faire ses heures, mais si ce n’est pas le cas, ce sera beaucoup plus chaud. En effet, imaginons qu’un filmeur fasse un mois à 22 jours. Puis, 10 jours répartis sur deux mois. Il va donc cumuler beaucoup d’heures sur le premier mois puis peu sur les mois suivant. Mais, avec la carence, cela va décaler d’autant les heures qui comptent pour ouvrir ses droits. Exemple : en septembre je fais 22 jours. En octobre 5 et en novembre 5… Les 45 jours de carence vont s’épuiser sur octobre et novembre et mon indemnisation va recommencer en décembre… A partir de là, j’aurai le droit à 245 jours d’indemnisation avant de revenir 10 mois en arrière pour calculer mes heures. Et du coup, les jours fait en septembre ne seront pas comptabilisés… En fait, ce système permet l’air de rien de sortir de l’intermittence tous ceux qui n’ont pas de contrats réguliers… D’un point de vue comptable, c’est très malin…

Mais, ce n’est pas fini. Il semblerait aussi que les conditions d’admission à l’intermittence changent. Autrefois, un journaliste-JRI désireux de devenir intermittent, accumulait des fiches d’intermittence puis, une fois arrivé à 507 heures, il annonçait son changement de statut aux Assédic. Désormais, c’est fini. Le journaliste ( ou le monteur, l’ingé-son, etc..) devra écouler la totalité de ses droits dans le régime général ( deux ans ) pour pouvoir demander de changer de régime.

Prenons un cas concret : un journaliste est en contrat convention journaliste pour une agence sur un an. A l’issu de son contrat, comme il a eu un contrat de journaliste, il s’inscrit en tant que journaliste au chômage, donc au régime général. A partir de là, il devra épuiser tous ses droits pour pouvoir passer dans l’intermittence sachant que s’il a des contrats d’intermittents, ceux-ci viendront recharger ses droits… au régime général. Bref, il ne pourra plus passer intermittent. Là encore, c’est une façon de fermer le système sans le dire.

Voilà quelques informations concrètes qui sont là pour vous aider à y voir plus clair. Il ne s’agit bien sûr pas de faire le procès de l’utilité ou non de l’intermittence, qui est un bien trop vaste débat. Mais, je voulais juste répondre de manière assez concrète répondre aux interrogations de certains filmeurs.

Ludovic Fossard