Etat des lieux du documentaire en demi-teinte

Le vent tourne. Ce n’est pas nouveau mais cette fois, il vient du nord. Denis Gheerbrant a 63 ans. Documentariste reconnu, il témoigne auprès d’Isabelle Repiton, qui, pour la Scam, a établi un « Etat des lieux du documentaire » en France, en interrogeant 24 documentaristes : « En ce moment je n’arrive pas à vivre de mon métier pour la première fois de ma vie ». Stan Neaumann, un autre documentariste poursuit : « De 1990 à 2000, il existait une vraie réflexion sur le documentaire d’auteurs et une économie qui allait de pair, articulée sur un travail commun entre les producteurs et la télévision, surtout sur Arte. Aujourd’hui, cette volonté et cette économie sont en miettes. On fait toujours des choses passionnantes, mais comme en pirate, par la bande, et le dos au mur : il est de plus en plus difficile d’en vivre ».
Pour pénétrer plus en détail la réalité du documentaire d’aujourd’hui, Isabelle Repiton tente de dresser un tableau précis sur la base de statistique. Les réalisateurs disposent d’une autonomie de plus en plus réduite. Plus de la moitié d’entre eux ont dû faire des coupes à la demande des diffuseurs, et près d’un tiers considèrent que leur dernier film ne correspond pas à leur projet initial du fait de l’intervention des diffuseurs. Les relations avec les chaines sont plutôt considérées comme moyennes. Pour 1/3 des réalisateurs, elles sont « insatisfaisantes » voire même pour 4% d’entre eux conflictuelles. Ces chiffres témoignent simplement d’une réalité que nous connaissons tous : le travail d’auteur en télévision n’intervient qu’à la marge. Nous nous devons d’intégrer dans les films, les codes visuels et narratifs définis par les chaines afin de convenir aux exigences de rythmes et de grilles qu’elles nous imposent. C’est une règle du jeu intangible qui, évidemment, poussent nombre de documentaristes à se tourner vers le cinéma où les espaces de liberté sont plus importants.
Dans ce contexte et soumis à une concurrence de plus en dure, les producteurs ont de moins en moins les faveurs des auteurs. Aujourd’hui, de plus en plus souvent, les droits Scam entrent dans la composition du salaire en contradiction avec la loi : le salaire devant rémunérer le travail pour faire un film et les droits d’auteurs concernant l’exploitation du film. Pour 70% des réalisateurs, ce n’est plus le cas. Salaire et Scam sont confondus.
Par ailleurs, les auteurs regrettent le manque de transparence des comptes. Seuls 8% des producteurs respectent l’obligation légale de reddition des comptes aux auteurs, leur cachant ainsi leurs droits d’exploitation.
Devant cette situation, la Scam tente de venir en aide aux réalisateurs. Elle propose que les sociétés en compte automatique qui ne remettent pas leurs comptes voient leurs aides suspendues. Un petit début…
Ludovic.

Pour en savoir plus : L’ état des lieux  du documentaire consultable en ligne http://www.scam.fr/tabid/363252/articleType/ArticleView/articleId/7465/Etat-des-lieux-du-documentaire.aspx

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