Les CRI, les Citoyens Reporters d’Images

Les images des manifestations en Tunisie et en Egypte ont marqué les esprits. Elles sont pour beaucoup issues de vidéos amateurs de téléphones portables, nouvelle arme de ces journalistes citoyens qui partagent en les filmant ou en les photographiant, les événements auxquels ils participent… Un témoignage souvent poignant, filmé d’une main peu assurée, mais qui renforce la valeur de ces séquences en immersion, prise sur le vif dans une manifestation ou un attentat (le dernier attentat à Moscou par exemple).

Ces JRI anonymes et l’explosion du nombre de ces témoignages dans les grands médias posent la question du traitement de cette information et du potentiel que ces nouveaux caméramen amateurs offrent aux télévisions et aux sites d’information….

Des sites communautaires à TF1

Chaque citoyen dans le monde devient une source d’information. Les internautes sont parfois les « capteurs » d’un événement, grâce notamment aux téléphones portables capables d’enregistrer des images et des vidéos, et peuvent diffuser leurs propres contenus sur le Net (site web, blog, forum, wiki). Du local à l’international, en passant par la rubrique people, ils partagent ce qu’ils aiment, vivent, ressentent, bref, ils créent leur propre média… une véritable armée de reporters en herbe. Autrefois cantonnés aux sites web, de plus en plus de ces témoignages se retrouvent sur les grandes chaînes d’informations, comme lors de grands événements internationaux ou exceptionnels.

Reconnaissance internationale du Citoyen Reporter d’images

Une nouvelle étape a été franchie cette année. Des citoyens anonymes qui ont capté par vidéo à l’aide d’un téléphone portable et rendu publique la mort par balles d’une manifestante iranienne se sont vus décerner le prix du journalisme américain George Polk, le jury décidant ainsi pour la première fois d’honorer un travail produit de manière anonyme.

http://www.youtube.com/watch?v=d90bwM4No_M&feature=player_embedded#

Citoyens hors-la-loi ?

Cette nouvelle vague a posé la question du rôle de ces capteurs :  De quel manière ils influent sur l’événement filmé ou capté. Alors que les journalistes ont, soit disant, un point de vue objectif, nos Citoyens Reporters sont souvent impliqués dans ce qu’ils filment. ..

Une réponse à cette question est arrivée par là où on ne l’attendait pas : La loi sur la délinquance… Sous la houlette de Philippe Houillon, député à l’Assemblée nationale, la loi de prévention de la délinquance a été amendée pour punir un phénomène apparu sur le Net, le «happy slapping» (baffe joyeuse en français). Des individus choisissent une victime dans la rue et l’agressent tout en filmant la scène avec leur téléphone portable pour ensuite diffuser la vidéo sur Internet. Avec la publication de cet amendement, la relecture du texte a révélé au grand jour un alinéa qui ne prévoit pas le même traitement pour tous les vidéastes : «Lorsque l’enregistrement ou la diffusion résulte de l’exercice normal d’une profession ayant pour objet d’informer le public ou est réalisé afin de servir de preuve en justice», aucune sanction n’est prévue. Cela veut-il dire que seuls les journalistes et délateurs sont libres de filmer les dérapages auxquels ils peuvent assister? Qu’en est-il pour les autres, les blogueurs ou tous ceux qui se piquent de pratiquer du journalisme citoyen et qui auraient filmé des agressions en vidéo sans fournir leur document à la police?

Mutation du journalisme

Des sites professionnels comme Citizenside, créé en 2006 en France, a pour but de créer la plus grande communauté de reporters amateurs et indépendants, se sont développés partout dans le monde. Le site traite l’information reçue, et la vérifie, mais surtout vends aux grands médias professionnels les articles, photos ou vidéos qui pourraient les intéresser.

Les contenus, les matières premières de l’infos sont plus nombreux, disséminés, redondants. De ce fait les médias s’attachent  moins à créer, mais plus à éditer, valider ou animer.

Le métier de la presse est redéfini par les nouvelles technologies et les nouvelles relations avec les lecteurs ou les téléspectateurs.

Cela ne veut-il dire que le reportage ou l’investigation sont morts ? Sans aller jusque là, ces nouveaux Citoyens Reporters d’Images participent à l’écriture d’un nouveau média, où les téléspectateurs influeront à la fois sur le contenu des programmes mais participeront aussi à sa fabrication.

Yann Streff

Publicités

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. lefilament dit :

    Merci Yann pour ce point de vue!
    Voilà qui annonce une vraie démocratie participative! C’est aux journalistes d’accompagner ce mouvement qui est fondamentalement sain. Après tout le journaliste de presse recueille des témoignages écrits ou oraux. En télé, notre rôle consistera aussi à recueillir des témoignages vidéos et d’en vérifier la véracité et la légitimité.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s