JRI ou la nouvelle paupérisation

Rarement, le métier de JRI a autant évolué en si peu de temps. Pendant la dernière décennie, les JRI ont trouvé une place, un peu marginale mais réelle, dans le paysage audiovisuel. Une compétence complémentaire a été créée et valorisée au sein de France Télévision et, dans les agences, de plus en plus de JRI polyvalents se sont imposés. Pourtant, ces changements ne se sont fait qu’à la marge. Dans la plupart des cas, ce sont d’anciens rédacteurs qui décident, qui occupent aujourd’hui les postes de direction, qui fabriquent et conçoivent la télé d’aujourd’hui. Les JRI ne sont pas parvenus à imposer leur intelligence journalistique au sein des structures audiovisuelles. La raison principale est à mon avis qu’un JRI a un engagement éditorial limité par rapport à ce que peut apporter un rédacteur. C’est un peu dur, mais c’est la vérité. A terme, les JRI ne pourront pourtant exister, ou en tous les cas être correctement rémunérés, que s’ils occupent le terrain de l’intelligence. Ils doivent proposer davantage, enquêter davantage, se montrer davantage innovants, davantage « boite à idées », davantage aussi « journalistes ».

Au passage et dieu merci, au Filament, nous tentons d’inverser la tendance. Clarisse Feltin vient d’être primée à Angers, Pierre Belet termine un film ambitieux sur Henri IV, Découpages valorise le savoir-faire journalistique des JRI, les projections du Filament montrent des énergies positives, etc… Mais, nous avons encore bien du travail !

Ne pas investir le champ éditorial de manière professionnelle marginalisera les JRI classiques qui ne pourront plus espérer gagner beaucoup car la concurrence est en train d’imposer de nouvelles règles. Une des choses qui me frappe, en tant que responsable de Découpages, et donc chef d’entreprise, est l’incroyable nombre de CV de JRI polyvalents qui acceptent de travailler pour 70 euros par jour. Souvent aussi, ils proposent leurs services en se positionnant en tant que « auto-entrepreneur » au tarif, sur facture, de 150 euros pour un tournage d’une journée équipée de leur propre caméra. C’est du jamais vu ! Matériel pas cher et performant, facile d’utilisation, demande peu exigeante… autant d’explications à ce phénomène.

Et, du coup, les offres de produits vidéo « low cost » se multiplient. « Votre film pour 300 euros », « votre plateau discount », etc… Le marché du film d’entreprise est dominé aujourd’hui par le toujours moins cher. Un vrai changement !

Et, ce qui est vrai pour l’entreprise l’est aussi pour la télé. Le tendance est à la baisse. Découpages, en tant que petit producteur, est confronté à des prix minutes qui descendent parfois à 500 euros la minute, bien loin des 1500 minutes négocié par le  Satev ( syndicat des agences de presse ). Difficile dans ces conditions d’appliquer ne serait-ce que le barême de la  convention collective. D’ailleurs, la plupart des agences sur Paris déclarent ne pas y arriver.

Pour s’adapter à cette réalité, plusieurs solutions sont possibles. Il y a la voie syndicale. Elle n’est pas la mienne mais elle a des arguments. Il y a aussi la voie de l’adaptation. Pour moi, le JRI, s’il veut conserver un certain niveau de rémunération, doit absolument se dégager de cette main d’œuvre bon marché qui tire les prix vers le bas. Le chemin de l’excellence et de la polyvalence est donc la seule alternative crédible à la baisse des salaires. Il passe par plus de rigueur journalistique pour que nous devenions des interlocuteurs à part entière dans les chaines. Il passe aussi par un niveau d’exigence « image » très supérieur au niveau moyen des JRI du marché. Il n’y a plus de place correctement rémunérée avec un niveau trop moyen.

Et enfin, il faut apprendre à travailler en groupe. Aujourd’hui, les sujets sont de plus en plus « habillés », avec de plus en plus de trucages, avec une identité visuelle plus aboutie, avec de plus en plus de point de vue, avec un niveau de rédaction élevé. Arriver à satisfaire à ces demandes seul est très difficile. Pour moi, le JRI de demain est donc un JRI d’équipe qui a rejoint un groupe ( collectif ou agence ) où il trouvera les compétences et les regards qui lui seront indispensables pour développer son travail. En d’autres mots, le modèle du JRI seul, qui fut celui de mes débuts, est à mon avis menacé, soit de disparition, soit de paupérisation.

Ludovic.

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