Réflexion sur l’avenir

A lire
http://www.lemonde.fr/cinema/article/2010/02/09/le-documentaire-en-quete-d-espace-sur-les-ecrans_1303250_3476.html

« Le Documentaire en quête d’espace sur les écrans  » (Le Monde du 09/02/10)

Que signifie une sortie en salles de cinéma pour un documentaire édité
en un petit nombre de copies et programmé bien souvent lors de séances
ponctuelles ? C’est tout le pari de deux films qui sont à l’affiche à
partir du mercredi 10 février. Le Temps des grâces, de Dominique
Marchais, traite des mutations du monde paysan ; C’est parti, de
Camille de Casabianca, suit les premiers pas du Nouveau Parti
anticapitaliste d’Olivier Besancenot, en 2008.

Aucun rapport entre ces deux films si ce n’est qu’ils s’inscrivent
tous deux dans une économie fragile. En particulier, ils n’ont reçu le
soutien d’aucune chaîne de télévision, alors qu’il y a fort à parier
que chacun, dans son style, aurait pu séduire il y a quelques années,
Canal+, Arte ou France 2.

« Avec un personnage aussi populaire que Besancenot, je pensais que
j’allais tourner ça comme sur des roulettes. Mais toutes les chaînes
que j’ai contactées m’ont répondu qu’un sujet sur la vie politique
n’intéresse pas les gens, note Denis Freyd, directeur d’Archipel 33.
Je n’ai jamais cessé de travailler au financement de C’est parti
pendant toute la durée du tournage », résume le producteur de
Jean-Pierre et Luc Dardenne (Le Fils, sorti en 2002, L’Enfant, palme
d’or à Cannes en 2005).

Mises bout à bout, une aide de la région Centre, de TV Tours, l’avance
sur recettes « après réalisation » du Centre national du cinéma (CNC),
le soutien du distributeur CineClassics, etc., ont permis de boucler
le budget, à l’arraché. Personne ne se plaint. « On aurait eu plus
d’argent, le film n’aurait pas été meilleur », assure Camille de
Casabianca.

La fille d’Alain Cavalier a travaillé en équipe réduite, et même seule
avec sa caméra numérique pour se fondre au milieu des militants.
« Pourquoi avons-nous refusé C’est parti ? Il est certes intéressant de
suivre un personnage clé de l’extrême gauche, mais Besancenot ne dit
rien à notre public allemand, suisse ou belge, explique Pierrette
Ominetti, directrice de l’unité Documentaires à Arte France. Ce n’est
pas que l’espace s’est réduit, mais notre angle a changé. Arte France
construit désormais son image de marque sur des documentaires
historiques, et moins sur des oeuvres qui reposent sur le regard d’un
auteur. » S’engager sur un documentaire à l’état de projet n’est pas
toujours simple, explique de son côté le directeur du cinéma de
Canal+, Manuel Alduy : « Quand il s’agit d’un film, on dispose d’un
scénario. Pour un documentaire, on n’a qu’une intention, c’est quitte
ou double. Quant au film de Dominique Marchais, il y avait deux
écueils. On s’était déjà engagé sur Profils paysans de Raymond
Depardon, et le propos du Temps des grâces nous semblait un peu
universitaire. » Il n’est pas rare qu’une chaîne attende la sortie d’un
film en salles pour se décider.

Frileux, le petit écran ? « Il y a une frilosité pour les oeuvres
singulières, mais la filière cinéma n’est pas non plus la panacée. Il
est très difficile d’obtenir une exposition durable pour les films et
des engagements fermes de la part des salles », nuance Thierry Lounas,
producteur et distributeur du Temps des grâces (Capricci Films).

Pour la sortie du film, Capricci a embauché une personne pour
sillonner le pays à la rencontre des lycées agricoles et autres
publics cibles. « Il y a deux types de distributeurs : ceux que les
salles appellent et ceux qui les appellent », grince Thierry Lounas. Il
appartient à cette deuxième catégorie et plaide pour « une révolution
copernicienne » dans la diffusion. « On aurait besoin d’une agence
publique qui épaulerait les distributeurs dans l’accompagnement des
oeuvres », précise-t-il.

Dans ce contexte, la sortie en salles n’est plus qu’un point d’étape.
« Les festivals sont devenus des lieux de diffusion à part entière.
Certains films font plus d’entrées dans les festivals qu’en salles.
Quant au cinéma, il vaut mieux privilégier des séances-rencontres avec
intervenant. Je préfère avoir une seule séance avec deux cents
personnes que multiplier les séances à dix. La salle doit se comporter
aujourd’hui comme un festival de cinéma permanent », ajoute le
directeur de Capricci Films.

La même logique vaut pour C’est parti. Alain Krivine, l’ex-patron de
la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) devait se rendre à l’Utopia
de Bordeaux, lundi 8 février, pour une avant-première. Le producteur,
lui, mise sur les copies numériques « qui vont permettre une meilleure
circulation du film, jusqu’à Plestin-les-Grèves, en Bretagne ». En
revanche, la perspective des élections régionales, les 14 et 21 mars,
n’est pas forcément un atout pour la programmation. Certaines mairies
qui subventionnent des salles de cinéma municipales ne souhaitent pas
donner une tribune au NPA. C’est parti attendra le mois d’avril. Si,
en plus, la politique s’en mêle…

Clarisse Fabre

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