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Le sens de la gratitude

13 mai

Pigiste du Figaro blessée en Syrie le 22 février dernier, avant d’être rapatriée en France le 2 mars, Edith Bouvier  avait ému une partie de l’opinion et Nicolas Sarkozy, lui-même, qui avait demandé et obtenu du patron de ce quotidien, Etienne Mougeotte, son embauche sitôt rentrée en France.

«C’est une excellente idée » avait même confié ce dernier au Canard  Enchaîné, qui le raconte dans son édition d’hier. Cependant,  Sortie de l’hôpital le 21 mars, la même Edith Bouvier a appris qu’elle resterait à la pige : restrictions budgétaires oblige la promesse faite a été rempochée et la journaliste continuera à crapahuter, payée au cacheton. Et au Figaro, la pige est ridicule.

Bref, c’est quand même scandaleux ! Non ?

Suggérer, c’est créer. Décrire, c’est détruire ( Doisneau )

5 mai

Au mois de mars dernier, Jean-Xavier de Lestrade, documentariste et président de la SCAM, donnait une ITV au journal “Le Monde” où il s’inquiétait de la dérive du documentaire sur les chaines.

Pour ceux qui l’ont raté, la voici. Elle reprend les préoccupations de nombreux filmeurs du Filament, dont la mienne. Ludovic.

 

ITV donnée au journal “Le monde” de Jean-Xavier de Lestrade

Les chaînes de télévision ne qualifient-elles pas de « documentaire » toutes sortes de sujets qui n’ont rien à voir avec ce genre ?

C’est vrai, nous avons une bataille à mener. La définition officielle est si large que des reportages sans point de vue, très rapidement tournés, pour un coût très bas, obtiennent ce label. A tort. On est face à un paradoxe : chaque année, France Télévisions dit consacrer plus d’argent au documentaire, les chaînes affirment en produire plus d’heures, et pourtant l’espace qui lui est réellement consacré se réduit.

Un rapport de 2010 parle de lui-même : M6 affiche presque autant d’heures de documentaires que France 2 – 163 contre 168 heures. Qui peut y croire ? Où sont les vrais documentaires sur M6, ou même sur les chaînes privées gratuites ? C’est fou, il y a là une énigme ! En fait, le terme est tellement flou qu’il permet surtout à nombre de chaînes d’affirmer qu’elles remplissent leurs obligations de création quand elles ne produisent que des magazines.

Qu’est-ce qui distingue un vrai documentaire d’un faux ?

Ce n’est pas son sujet qui définit un documentaire, mais une démarche, une écriture et un regard. Un documentaire donne le temps au spectateur d’entrer dans le film pour qu’il devienne acteur face à ce qu’il regarde. Un exemple : faire durer les plans au lieu de les couper abruptement l’amène à s’interroger, à percevoir des détails, à nouer un dialogue singulier avec le film ; à le faire vivre en soi plutôt qu’à le subir passivement. On n’observe plus la vie des gens sans événement, alors qu’au départ, c’était ça, le propre du documentaire : filmer des paysans comme l’a fait Raymond Depardon, s’arrêter sur le temps qu’il fait, les regards, les silences. Autant de choses quasiment bannies de la télévision.

Le choix des chaînes privées, et depuis longtemps déjà, consiste au contraire à vouloir « prendre le téléspectateur par la main », en lui expliquant non seulement ce qu’il regarde mais aussi ce qu’il devrait en penser, sans lui laisser d’espace pour apprécier, ressentir, comprendre, juger, jauger ce qu’il voit. On aspire le téléspectateur, en quelque sorte, on sollicite totalement son temps de cerveau disponible, de peur qu’il aille voir ailleurs. Alors que, comme l’a si bien dit le photographe Robert Doisneau : « Suggérer, c’est créer. Décrire, c’est détruire. »

La tendance n’est-elle pas de transformer les documents du réel en objets aussi haletants que certaines séries américaines ?

Oui, on ressent bien cette tentation de faire du documentaire un spectacle ou un divertissement, à l’image de l’info-spectacle, déjà installée depuis longtemps. Les séries américaines, omniprésentes et rediffusées à l’envi, ont leur part de responsabilité. Construites sur un rythme extrêmement vif, nerveux, dramatisé, elles habituent le public à une forme de consommation télévisuelle qui, à mon sens, change son regard. On l’habitue à une excitation cérébrale continue qui me semble inquiétante. Ce mouvement général, on le ressent même dans Apocalypse (2009), le film emblématique sur la seconde guerre mondiale d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle : ils ont mis un point d’honneur à ce que pas un seul plan ne dure plus de cinq secondes. Pas une seconde de silence non plus ! Aucune interruption entre bruit de fond de canons, archives bruitées et commentaires très rythmés.

Le public ne plébiscite-t-il pas ces films ?

Il est formidable qu’Apocalypse ait été suivi par 6 ou 7 millions de téléspectateurs. Mais il ne faudrait pas imposer cette façon de faire à tous les documentaristes. A moyen ou long terme, on court le risque qu’on leur dise : « On sait ce qui fonctionne, il faut appliquer telle recette. »

Pour autant, il serait stupide, voire suicidaire, que les auteurs ne prennent pas en compte les obligations des chaînes à l’égard de leur public. La télévision a évolué, l’audience d’Arte s’est effondrée face à la concurrence, le câble et la TNT ont bouleversé le paysage depuis cinq ou six ans, il faut en avoir conscience. Un auteur qui crée des films sublimes sans qu’ils soient vus, c’est une image stérile. Il ne s’agit pas d’être moins exigeant, surtout pas, mais de ne jamais oublier qu’on travaille pour un public. Shakespeare écrivait ses pièces, les jouait au Théâtre du Globe à Londres et, s’il n’y avait pas de public, il ne mangeait pas ; cela ne l’a pas empêché d’écrire des chefs-d’oeuvre. De tout temps, les artistes ont été soumis à des contraintes. Et pourtant, il y a eu des oeuvres sublimes !

Est-ce pour échapper à ces contraintes que de plus en plus de documentaristes tournent pour le cinéma ?

Les documentaires restent en grande majorité financés par les chaînes et diffusés sur le petit écran. Sur les quelque 60 documentaires qui sortent chaque année en salles, je pense que pour une bonne moitié, c’est faute d’avoir trouvé leur place à la télévision. Très peu parviennent à faire 30 000 entrées, alors qu’un producteur ne commence à voir un début de retour sur recettes qu’au-delà de 100 000 entrées. C’est donc plutôt pour créer un événement que l’on sort un documentaire au cinéma.

Les festivals consacrés au documentaire représentent-ils un circuit de diffusion important ?

Il existe dans la société un mouvement profond qui, au-delà du documentaire, marque le refus d’une sorte de chape du prêt-à-penser et du prêt-à-consommer. Si bien que de plus en plus de festivals ou de salles, d’art et essai ou de quartier, diffusent des films documentaires pour un public qui vient très nombreux pour voir autre chose, autrement, et en débattre. Je suis d’ailleurs surpris du nombre de gens qui ne regardent plus la télévision. Parce qu’ils ne la voient plus comme un outil de connaissance mais comme un lieu de divertissement. Leur désir d’enrichissement et d’échange s’exprime par d’autres voies, des réseaux, des cinémas qui comptent un grand nombre d’abonnés, des festivals qui font salle pleine avec des publics très divers. En réalité, on peut encore s’enrichir avec le petit écran, mais il faut faire l’effort d’une vraie recherche pour satisfaire ce désir.

Le documentaire est-il mieux loti en France qu’à l’étranger ?

La situation française reste exceptionnelle : nous avons l’une des meilleures télévisions au monde, nous bénéficions d’un service public extrêmement fort, très protégé, et soumis à des obligations de défendre le patrimoine et la création française. C’est dire que, si les auteurs français ont des raisons objectives de se plaindre – difficultés pour travailler régulièrement, revenus stagnants, etc. -, ils ont aussi l’assurance que les chaînes publiques françaises et Arte diffuseront toujours du documentaire parce que cela fait partie de leur identité.

Ce n’est le cas nulle part ailleurs. Dans beaucoup de pays, la télévision ne diffuse aucun documentaire. Les gens ne savent pas ce que c’est ! En Europe, les pays nordiques et l’Allemagne préservent cette culture, mais c’est tout. Et aux Etats-Unis, il a quasiment disparu ; même le bastion que représentait la chaîne cryptée HBO n’en produit guère plus de douze par an.

Le Royaume-Uni n’est-il pas un modèle ?

Nous percevons, en France, le formidable reflet d’une télévision britannique de grande qualité. Mais ne nous parviennent que leurs meilleures productions – financées avec des moyens deux à quatre fois supérieurs aux nôtres. La BBC produit de bons documentaires, mais quand on la regarde au quotidien, c’est différent. BBC1, extrêmement commerciale, est pire que TF1 ; BBC2 se situe entre TF1 et France 2.

Seule BBC4 diffuse des documentaires, mais, l’audience ayant bien baissé, les budgets se sont aussi beaucoup réduits depuis deux ou trois ans. On en revient au problème de fond : si le documentaire ne rencontre plus son public, il meurt.

 

 

Entretien avec De Lestrade : “TNT : plus il y a d’offre, plus elle s’apauvrit”

1 mai

Nous le constatons tous, la TNT ne génère pas une offre de qualité. Rare sont les chaînes qui proposent des programmes qui tirent vers le haut. Bizarrement, les chaînes les plus qualitatives en terme de programmation sont LCP-Public sénat, parfois Direct 8 ( rarement )… Où sont les nouveaux Canal +, les programmes susceptibles de remplacer ceux de France Télévisions, pourquoi l’offre est-elle si pauvre ?

Sur ce sujet, je vous conseille la lecture de l’entretien de Xavier De Lestrade, sur le site de la Scam.

http://www.scam.fr/tabid/363252/articleType/ArticleView/articleId/7715/Entretien-avec-JeanXavier-de-Lestrade.aspx

Ludovic.

La place du documentaire diminue

1 mai

Le documentaire dispose de moins de moins de place à la télévision. Sur les traces des USA où il n’existe quasiment plus, les chaînes ont tendance à baisser leurs engagements comme le confirme un rapport de la SCAM: http://www.scam.fr/tabid/363252/articleType/ArticleView/articleId/7714/Bilan-CNC-2011-inquietudes-sur-le-documentaire.aspx

Etat des lieux du documentaire en demi-teinte

2 déc

Le vent tourne. Ce n’est pas nouveau mais cette fois, il vient du nord. Denis Gheerbrant a 63 ans. Documentariste reconnu, il témoigne auprès d’Isabelle Repiton, qui, pour la Scam, a établi un “Etat des lieux du documentaire” en France, en interrogeant 24 documentaristes : “En ce moment je n’arrive pas à vivre de mon métier pour la première fois de ma vie”. Stan Neaumann, un autre documentariste poursuit : “De 1990 à 2000, il existait une vraie réflexion sur le documentaire d’auteurs et une économie qui allait de pair, articulée sur un travail commun entre les producteurs et la télévision, surtout sur Arte. Aujourd’hui, cette volonté et cette économie sont en miettes. On fait toujours des choses passionnantes, mais comme en pirate, par la bande, et le dos au mur : il est de plus en plus difficile d’en vivre”.
Pour pénétrer plus en détail la réalité du documentaire d’aujourd’hui, Isabelle Repiton tente de dresser un tableau précis sur la base de statistique. Les réalisateurs disposent d’une autonomie de plus en plus réduite. Plus de la moitié d’entre eux ont dû faire des coupes à la demande des diffuseurs, et près d’un tiers considèrent que leur dernier film ne correspond pas à leur projet initial du fait de l’intervention des diffuseurs. Les relations avec les chaines sont plutôt considérées comme moyennes. Pour 1/3 des réalisateurs, elles sont “insatisfaisantes” voire même pour 4% d’entre eux conflictuelles. Ces chiffres témoignent simplement d’une réalité que nous connaissons tous : le travail d’auteur en télévision n’intervient qu’à la marge. Nous nous devons d’intégrer dans les films, les codes visuels et narratifs définis par les chaines afin de convenir aux exigences de rythmes et de grilles qu’elles nous imposent. C’est une règle du jeu intangible qui, évidemment, poussent nombre de documentaristes à se tourner vers le cinéma où les espaces de liberté sont plus importants.
Dans ce contexte et soumis à une concurrence de plus en dure, les producteurs ont de moins en moins les faveurs des auteurs. Aujourd’hui, de plus en plus souvent, les droits Scam entrent dans la composition du salaire en contradiction avec la loi : le salaire devant rémunérer le travail pour faire un film et les droits d’auteurs concernant l’exploitation du film. Pour 70% des réalisateurs, ce n’est plus le cas. Salaire et Scam sont confondus.
Par ailleurs, les auteurs regrettent le manque de transparence des comptes. Seuls 8% des producteurs respectent l’obligation légale de reddition des comptes aux auteurs, leur cachant ainsi leurs droits d’exploitation.
Devant cette situation, la Scam tente de venir en aide aux réalisateurs. Elle propose que les sociétés en compte automatique qui ne remettent pas leurs comptes voient leurs aides suspendues. Un petit début…
Ludovic.

Pour en savoir plus : L’ état des lieux  du documentaire consultable en ligne http://www.scam.fr/tabid/363252/articleType/ArticleView/articleId/7465/Etat-des-lieux-du-documentaire.aspx

Des députés européens confrontés à la liberté de la presse

25 nov

Une vidéo plutôt amusante ou à pleurer, c’est à voir !

Hésitations à France Télé

9 juil

Découpages a répondu à une consultation concernant l’externalisation de l’émission Génération Reporters qui passaient sur France 3. Cinq sociétés avaient été sollicitées pour y répondre : TSVP, les films de la chance, Babel, Comiti et nous. Mais, bizarrement, une fois que toutes les agences aient rendu leurs propositions ( ce qui demande au moins une semaine de travail )… France Télévision décide de supprimer l’émission, rendant le travail de tous inutile ! Un comportement pour le moins étrange.

“Henri IV a aimé la Compagnie du Filament ” par Pierre Belet

7 mar

« Que c’est bien filmé ! », « Tes lumières, superbes ! », « Tu avais un chef op ? », « C’est quoi la caméra que tu avais ? », « bravo pour les images »…

J’ai entendu, et cela fait très, très plaisir, beaucoup de compliments sur la réalisation et la mise en images du film : « Le mystère de la tête d’Henri IV » qui retrace deux ans d’enquête qui nous ont permis (Stéphane Gabet et moi-même) de retrouver puis d’authentifier la tête du Vert Galant. A tous donc merci.

Mais puisque je suis l’auteur des images, je voudrais aussi apporter quelques rectificatifs pour dire que ces éloges s’adressent aussi à la Compagnie du Filament et je m’en explique.

Il y a trois ans, avant que j’adhère et que je devienne membre actif de la Compagnie du Filament, mon vocabulaire en matière de lumière se limitait à « minette » ou « mandarine ». Guère plus.

Ayant souvent travaillé dans les conditions du JRI, journaliste reporter d’images, je n’avais la plupart du temps qu’un équipement sommaire et basique en matière d’éclairage. Question de poids aussi. Seul, cela va de soi, il est difficile de voyager et d’emporter de lourdes valises destinées à la lumière.

Résultat, on prend des habitudes.

Des mauvaises habitudes.

La belle lumière pour un JRI se limite à ces rayons que nous offre parfois la nature le matin et le soir… Alors on essaye de filmer durant ces horaires là.

La réalité, c’est que l’on filme le plus souvent quand on peut. Et tant mieux si cela tombe aux bonnes heures, tant mieux si la lumière du soleil parvient à passer sous un ciel chargé, comme celui qui précède l’orage…

En intérieur, dans la majorité des cas, le JRI cède aussi à la facilité. Question de temps, mais question de savoir faire le plus souvent. On met la minette, au mieux une mandarine pour déboucher le tout et nous voilà avec un sujet éclairé, mais mal éclairé. Une lumière éclatée, sans relief et le plus souvent de face. La minette toujours…

Voilà donc sans doute ce que j’aurais fait si je n’étais pas passé par la case « Compagnie du filament ».

C’est grâce à cette structure que j’ai enrichi mon vocabulaire de dédolights, de mizards, de light panel et de blondes. C’est grâce à la « Compagnie » que j’ai appris à éclairer des fonds, jouer avec les contres, placer des ombres. C’est grâce à Sylvain Van Eckhout et surtout Ludovic Fossard que j’ai observé lors de différents tournages que j’ai, avec leurs conseils, progressé dans ce domaine.

Ces techniques récemment acquises, m’ont permis de donner de la vie à un sujet qui par définition n’en avait que peu. De créer du relief et du mouvement à un documentaire qui a priori pouvait être très statique. Intuitivement, j’ai ressenti le désir et la nécessité de créer une atmosphère propre à cette enquête, à cette tête momifiée.

Je me suis servi de ce que j’avais vu à la Compagnie pour avoir le courage d’avoir des certitudes, de prendre un réel parti pris en matière d’images.

Tout cela je le dois à la Compagnie du Filament et à ses membres.

L’émulation que crée ce carrefour de filmeurs permet de se nourrir des expériences des autres et c’est là la singularité et la réussite de cette structure si bénéfique pour nous qui faisons un travail souvent si solitaire.

En plus, la Compagnie du Filament associée à la société de production Découpages m’a permis d’obtenir une souplesse extrême qui était nécessaire pour ce film. Nous avons tourné durant plus de cinq mois, au total, pour une quarantaine de jours de tournage. J’ai donc eu à disposition tout l’équipement que je souhaitais et quand je le souhaitais. J’avais le loisir d’utiliser toute la lumière qu’il me fallait, surtout des dédolights d’ailleurs, mais aussi la grue, des rails de travelling… Et tout cela avant même que le film ne soit vendu. Le producteur Galaxie Presse n’a eu un accord définitif avec France Télévision qu’après la confirmation de l’authentification de la tête d’Henri IV.

Merci donc à la Compagnie du Filament et à ses membres à qui je dois beaucoup pour la réalisation de ce film qui m’est cher.

Alors n’oubliez pas ! Diffusion dimanche 13 mars, 20h30 sur France 5.

Pierre Belet

 

Les CRI, les Citoyens Reporters d’Images

4 fév

Les images des manifestations en Tunisie et en Egypte ont marqué les esprits. Elles sont pour beaucoup issues de vidéos amateurs de téléphones portables, nouvelle arme de ces journalistes citoyens qui partagent en les filmant ou en les photographiant, les événements auxquels ils participent… Un témoignage souvent poignant, filmé d’une main peu assurée, mais qui renforce la valeur de ces séquences en immersion, prise sur le vif dans une manifestation ou un attentat (le dernier attentat à Moscou par exemple).

Ces JRI anonymes et l’explosion du nombre de ces témoignages dans les grands médias posent la question du traitement de cette information et du potentiel que ces nouveaux caméramen amateurs offrent aux télévisions et aux sites d’information….

Des sites communautaires à TF1

Chaque citoyen dans le monde devient une source d’information. Les internautes sont parfois les “capteurs” d’un événement, grâce notamment aux téléphones portables capables d’enregistrer des images et des vidéos, et peuvent diffuser leurs propres contenus sur le Net (site web, blog, forum, wiki). Du local à l’international, en passant par la rubrique people, ils partagent ce qu’ils aiment, vivent, ressentent, bref, ils créent leur propre média… une véritable armée de reporters en herbe. Autrefois cantonnés aux sites web, de plus en plus de ces témoignages se retrouvent sur les grandes chaînes d’informations, comme lors de grands événements internationaux ou exceptionnels.

Reconnaissance internationale du Citoyen Reporter d’images

Une nouvelle étape a été franchie cette année. Des citoyens anonymes qui ont capté par vidéo à l’aide d’un téléphone portable et rendu publique la mort par balles d’une manifestante iranienne se sont vus décerner le prix du journalisme américain George Polk, le jury décidant ainsi pour la première fois d’honorer un travail produit de manière anonyme.

http://www.youtube.com/watch?v=d90bwM4No_M&feature=player_embedded#

Citoyens hors-la-loi ?

Cette nouvelle vague a posé la question du rôle de ces capteurs :  De quel manière ils influent sur l’événement filmé ou capté. Alors que les journalistes ont, soit disant, un point de vue objectif, nos Citoyens Reporters sont souvent impliqués dans ce qu’ils filment. ..

Une réponse à cette question est arrivée par là où on ne l’attendait pas : La loi sur la délinquance… Sous la houlette de Philippe Houillon, député à l’Assemblée nationale, la loi de prévention de la délinquance a été amendée pour punir un phénomène apparu sur le Net, le «happy slapping» (baffe joyeuse en français). Des individus choisissent une victime dans la rue et l’agressent tout en filmant la scène avec leur téléphone portable pour ensuite diffuser la vidéo sur Internet. Avec la publication de cet amendement, la relecture du texte a révélé au grand jour un alinéa qui ne prévoit pas le même traitement pour tous les vidéastes : «Lorsque l’enregistrement ou la diffusion résulte de l’exercice normal d’une profession ayant pour objet d’informer le public ou est réalisé afin de servir de preuve en justice», aucune sanction n’est prévue. Cela veut-il dire que seuls les journalistes et délateurs sont libres de filmer les dérapages auxquels ils peuvent assister? Qu’en est-il pour les autres, les blogueurs ou tous ceux qui se piquent de pratiquer du journalisme citoyen et qui auraient filmé des agressions en vidéo sans fournir leur document à la police?

Mutation du journalisme

Des sites professionnels comme Citizenside, créé en 2006 en France, a pour but de créer la plus grande communauté de reporters amateurs et indépendants, se sont développés partout dans le monde. Le site traite l’information reçue, et la vérifie, mais surtout vends aux grands médias professionnels les articles, photos ou vidéos qui pourraient les intéresser.

Les contenus, les matières premières de l’infos sont plus nombreux, disséminés, redondants. De ce fait les médias s’attachent  moins à créer, mais plus à éditer, valider ou animer.

Le métier de la presse est redéfini par les nouvelles technologies et les nouvelles relations avec les lecteurs ou les téléspectateurs.

Cela ne veut-il dire que le reportage ou l’investigation sont morts ? Sans aller jusque là, ces nouveaux Citoyens Reporters d’Images participent à l’écriture d’un nouveau média, où les téléspectateurs influeront à la fois sur le contenu des programmes mais participeront aussi à sa fabrication.

Yann Streff

JRI ou la nouvelle paupérisation

2 déc

Rarement, le métier de JRI a autant évolué en si peu de temps. Pendant la dernière décennie, les JRI ont trouvé une place, un peu marginale mais réelle, dans le paysage audiovisuel. Une compétence complémentaire a été créée et valorisée au sein de France Télévision et, dans les agences, de plus en plus de JRI polyvalents se sont imposés. Pourtant, ces changements ne se sont fait qu’à la marge. Dans la plupart des cas, ce sont d’anciens rédacteurs qui décident, qui occupent aujourd’hui les postes de direction, qui fabriquent et conçoivent la télé d’aujourd’hui. Les JRI ne sont pas parvenus à imposer leur intelligence journalistique au sein des structures audiovisuelles. La raison principale est à mon avis qu’un JRI a un engagement éditorial limité par rapport à ce que peut apporter un rédacteur. C’est un peu dur, mais c’est la vérité. A terme, les JRI ne pourront pourtant exister, ou en tous les cas être correctement rémunérés, que s’ils occupent le terrain de l’intelligence. Ils doivent proposer davantage, enquêter davantage, se montrer davantage innovants, davantage “boite à idées”, davantage aussi “journalistes”.

Au passage et dieu merci, au Filament, nous tentons d’inverser la tendance. Clarisse Feltin vient d’être primée à Angers, Pierre Belet termine un film ambitieux sur Henri IV, Découpages valorise le savoir-faire journalistique des JRI, les projections du Filament montrent des énergies positives, etc… Mais, nous avons encore bien du travail !

Ne pas investir le champ éditorial de manière professionnelle marginalisera les JRI classiques qui ne pourront plus espérer gagner beaucoup car la concurrence est en train d’imposer de nouvelles règles. Une des choses qui me frappe, en tant que responsable de Découpages, et donc chef d’entreprise, est l’incroyable nombre de CV de JRI polyvalents qui acceptent de travailler pour 70 euros par jour. Souvent aussi, ils proposent leurs services en se positionnant en tant que “auto-entrepreneur” au tarif, sur facture, de 150 euros pour un tournage d’une journée équipée de leur propre caméra. C’est du jamais vu ! Matériel pas cher et performant, facile d’utilisation, demande peu exigeante… autant d’explications à ce phénomène.

Et, du coup, les offres de produits vidéo “low cost” se multiplient. “Votre film pour 300 euros”, “votre plateau discount”, etc… Le marché du film d’entreprise est dominé aujourd’hui par le toujours moins cher. Un vrai changement !

Et, ce qui est vrai pour l’entreprise l’est aussi pour la télé. Le tendance est à la baisse. Découpages, en tant que petit producteur, est confronté à des prix minutes qui descendent parfois à 500 euros la minute, bien loin des 1500 minutes négocié par le  Satev ( syndicat des agences de presse ). Difficile dans ces conditions d’appliquer ne serait-ce que le barême de la  convention collective. D’ailleurs, la plupart des agences sur Paris déclarent ne pas y arriver.

Pour s’adapter à cette réalité, plusieurs solutions sont possibles. Il y a la voie syndicale. Elle n’est pas la mienne mais elle a des arguments. Il y a aussi la voie de l’adaptation. Pour moi, le JRI, s’il veut conserver un certain niveau de rémunération, doit absolument se dégager de cette main d’œuvre bon marché qui tire les prix vers le bas. Le chemin de l’excellence et de la polyvalence est donc la seule alternative crédible à la baisse des salaires. Il passe par plus de rigueur journalistique pour que nous devenions des interlocuteurs à part entière dans les chaines. Il passe aussi par un niveau d’exigence “image” très supérieur au niveau moyen des JRI du marché. Il n’y a plus de place correctement rémunérée avec un niveau trop moyen.

Et enfin, il faut apprendre à travailler en groupe. Aujourd’hui, les sujets sont de plus en plus “habillés”, avec de plus en plus de trucages, avec une identité visuelle plus aboutie, avec de plus en plus de point de vue, avec un niveau de rédaction élevé. Arriver à satisfaire à ces demandes seul est très difficile. Pour moi, le JRI de demain est donc un JRI d’équipe qui a rejoint un groupe ( collectif ou agence ) où il trouvera les compétences et les regards qui lui seront indispensables pour développer son travail. En d’autres mots, le modèle du JRI seul, qui fut celui de mes débuts, est à mon avis menacé, soit de disparition, soit de paupérisation.

Ludovic.

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